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DER SPIEGEL - juillet 2009 - Le douzième imam est une femme ?
Fariba Hachtroudi, 58, auteur à succès iranienne : la satire comme moyen de lutte contre la dictature dans son pays natal
DER SPIEGEL: « Le douzième imam est une femme ? » interroge le titre de votre dernier livre, qui devrait sortir en fin d’année en Allemagne. Pour le pays des mollahs et machos ceci n’est-il pas une pure provocation ?
HACHTROUDI: Ce n’était pas mon intention. La vraie provocation consiste cependant à ce qu’il y a toujours des hommes qui interdisent le droit aux femmes de jouer le rôle de philosophe, de leader religieux ou politique.
DER SPIEGEL: Le roman raconte l’histoire d’une journaliste qui est envoyée sur le lieu saint de pèlerinage de Dschamkaran …
HACHTROUDI:… là ou se cache le soi-disant messie chiite. Pendant sa recherche cet imam s’avère comme une femme avec des convictions féministes radicales.
DER SPIEGEL: N’est-ce pas du blasphème ?
HACHTROUDI: Pas du tout, au contraire : Mon imam féminin – descendent du prophète – souhaite remettre les barbus à leur place, parce qu’ils ont discrédité la réputation du fondateur de la religion – Mohammed était en son temps quelqu’un de tout à fait progressiste vis-à-vis des femmes.
DER SPIEGEL: Est-ce que l’ironie et la dérision fonctionnent aujourd’hui comme arme contre le despotisme religieux ?
HACHTROUDI: En dehors des exagérations grotesques ou fantastiques il s’agit ici d’un règlement de compte musclé avec le régime, d’autant plus que tous les détails de la vie quotidienne sont décrits de façon tout a fait réaliste : le fanatisme du président Ahmadinedschad, la corruption de Rafsandjani, la prétention de Chatami, la domination hors du temps du conseil des gardiens, donc de ces veux ayatollahs qui veulent imposer leur dictat religieux aux jeunes femmes.
DER SPIEGEL: Quel écho suscite votre succès littéraire dans votre pays ?
HACHTROUDI: Dans les cercles des ultraconservateurs il y a des extrémistes qui veulent ma tête. Mais il existe aussi des ayatollahs éclairés qui ont lu mon livre avec beaucoup de plaisir.(…) Je voulais parler de Fariba Hachtroudi, cette intellectuelle iranienne exilée, récidiviste du voyage clandestin dans un pays dont elle pleure, de livre en livre, le funeste destin, la souffrance. Je l'ai rencontrée lorsqu'elle m'a confié, récemment, pour que je la diffuse via le Net, une vidéo clandestine d'Ahmadinejad entouré de ses ayatollahs et prophétisant d'une voix douce et glaçante, la victoire mondiale de l'islam radical. De ce livre-ci (ォ Le douzième imam est une femme ? サ éditions Koutoubia), je n'ai plus le temps, et la place, que de dire une chose et une seule – mais j'y tiens : sur la maladie de l'esprit que l'auteur nomme l' ォ imamat サ, sur le mythe infantile selon lequel le douzième imam serait sur le point de revenir afin d'embrasser l'Iran et le monde, sur le poison du fanatisme dont le président non élu iranien est le symbole, sur les charlatans qui l'entourent, sur le climat digne d'Ubu qui règne à Qom ou Djamkaran, on ne lira, par les temps qui courent, rien de plus insolent, de plus drôle, de plus fantaisiste, donc, de plus efficace. De l'art de la sotie appliqué à la guerre idéologique (...)
"Quand les dignitaires du clergé s'inquiètent au nom de l'islam. Témoignage d'une écrivaine aux prises avec les contradictions de son pays."
FARIBA HACHTROUDI écrivaine, vient de publier ォ Le Douzième Imam est une femme? サ (éditions Koutoubia 120p. 14,90 euros).
(…) Au chapitre de la liberté d'expression, je lui demande si un écrivain publie un roman dans lequel le Douzième Imam est une femme, cette ?uvre imaginaire pourrait-elle être considérée comme une insulte au Douzième Saint chiite et, si oui, quelle serait la peine de l'infortune ? Si l'ayatollah n'est pas d'accord avec moi sur l'appellation de roman pour désigner une ?uvre s'inspirant de la réalité il m'assure que, pour lui, a un écrit, fut-il supposé blasphématoire, l'on se doit de répondre et de débattre au moyen d'un autre récit. Et qu'il est, lui, opposé à la proclamation d'une fatwa de mort à l'encontre des gens de plumes. ォ D'après le Coran, seule l'insulte au Prophète mériterait le châtiment suprême à condition que l'on en puisse prouver le caractère blasphématoire. Mais, selon les lois édictées par ces messieurs - entendre par là ses propres congénères dans le saint des saints du pouvoir – la peine de mort est entendue aux cas d'injures prononcées contre le Douzième Imam. Et pourquoi serait-ce une injure que de stipuler qu'une femme puisse être le messie attendu ? N'injure-t-on pas la moitié de l'humanité dans ce cas ? サ L'ayatollah me répond que pour le Coran, homme et femme sont égaux devant Dieu. (…)
Article de Emmanuel Hecht.
Une jeune journaliste iranienne est envoyée en pèlerinage à Djamkaran, haut lieu du chiisme. Le puits de la mosquée de la ville est censé être le repaire du 12ième imam, le messie tant attendu. Le ou « la » messie ? « Le douzième imam est une femme ? » (Ed. Koutoubia), dernier roman de Fariba Hachtroudi n'y va pas avec le dos de la cuiller. Avec un humour décapant, elle règle ses comptes au régime des mollahs, tout en donnant des clefs pour la compréhension de l'Iran. L'auteur vit en France, elle n'a cessé de combattre le pouvoir de Téhéran. Sa ligne de conduite pourrait tenir en une phrase : « ( ) never give in, never give in, never, never, never, never in nothing great or small, large or petty never give in except to convictions of honour and good sense » (« n'abandonnez jamais, n'abandonnez jamais, jamais, jamais, jamais, jamais n'abandonnez rien, ni de grand, ni de petit, rien d'important ni rien d'insignifiant n'abandonnez jamais rien sauf quand l'honneur et la raison l'exigent »).
Article de PH. FIAMMETTI.
Fariba Hachtroudi : spécial festival du livre de Nice.
« Quand une religion prend le pouvoir, c'est terrible parce qu'on est traqué, partout, même dans sa vie la plus intime ». Les livres de l'Iranienne Fariba Hachtoudi qui vit en France, sont autant de « J'accuse » lancés à l'adresse du régime des Ayatollahs. Après un « Khomeyni Express » où elle narre avec un humour féroce son voyage clandestin en république islamiste, elle pourfend une nouvelle fois la superstition et le fanatisme dans un ouvrage en forme d'interrogation ironique : « Le douzième imam est une femme ? » (éditions Koutoubia). Hier matin, sur son stand, elle ne cachait pas sa déception à l'annonce des premiers résultats des élections iraniennes donnant la victoire aux conservateurs les plus rétrogrades : « Je suis triste pour la jeunesse de mon pays ». Le combat pour les lumières continue et Fariba Hachtroudi n'est pas femme à se décourager. Son livre, dans la lignée de Montesquieu et de Voltaire, se veut un antidote contre le poison de l'intégrisme : « Je ne suis pas contre la religion mais contre son exploitation éhontée. Il ne doit pas y avoir d'obligation en matière religieuse. La foi est une grâce, on n'impose pas la grâce », nous dit-elle. Avec une femme de cette trempe, l'Iran n'a pas encore dit son dernier mot de grand pays civilisé aux prise aujourd'hui, avec l'obscurantisme.
SA REVOLUTION AU FEMININ
Fariba Hachtroudi : spécial festival du livre de Nice.
La romancière Fariba Hachtroudi a présenté et dédicacé son dernier ouvrage Le douzième imam est une femme ? à la Fnac, jeudi dernier. Cette oeuvre engagée donne quelques éléments de compréhension de la société iranienne actuelle.
Fariba Hachtroudi soutien cette génération décomplexée des jeunes de l'après révolution iranienne dont on célèbre le trentième anniversaire cette année. Venue jeudi présenter au public son dernier roman Le douzième imam est une femme ?, cette archéologue de formation née en Iran en 1951 mais expatriée en France depuis 1964, qualifie de « pamphlet voltairien » ce récit qui relate les aventures d'une journaliste iranienne tout juste trentenaire. Lors de l'un de ses reportages consacré au puits de la mosquée de Djamkaran, censé être l'antre du douzième imam, elle découvre que ce messie tant attendu par les Chiites est une femme ! De là commence une série de rebondissements relatée sur un ton décapant et un humour noir.
A travers cette histoire surréaliste, Fariba Hachtroudi brosse en fond le portrait d'une population iranienne en quête de liberté mais surtout met en valeur les femmes qui « subissent le système plus qu'elles n'y adhèrent ».
Ne lui dites pas qu'elle est féministe !
Attention, elle ne se « voue pas à un féminisme aveugle. Je dis juste que lorsqu'il y a un miracle, il est au féminin et sans dommages collatéraux car on est plus porteuses de vie et d'amour que les hommes. »
Suite aux remarques répétées sur le titre, jugé provocateur par son entourage, elle a tenté de le modifier. Son éditeur s'y opposa. « En quoi est-ce mal de suggérer que le prochain grand philosophe serait une femme ? » s'offusque-t-elle.
En tous cas, ce titre lui ferme les portes des maisons d'éditions d'Iran, pays où elle a été condamnée à mort par contumace pour des articles critiquant ouvertement le Khomeynisme en 1983. Deux ans plus tard, elle y entreprend quand même un périple clandestin.
La carrière journalistique embrassée juste avant la révolution iranienne la classe dans la liste des indésirables du régime. Fariba Hachtroudi garde un besoin impérieux de retourner là-bas car « on n'échappe pas à son histoire », explique-t-elle.
Malgré son fort sentiment d'appartenance à la France, elle garde toujours un ?il sur sa terre natale. Une attention accrue ces derniers temps avec l'approche des élections présidentielles du 12 juin prochain. « Entre espoir et désespoir, mon c?ur balance, avoue-t-elle. La situation économique est grave. J'ai envie d'une autre vie pour ce pays à la richesse minière et au potentiel humain fort. ».
La depeche du midi - Littérature
LE GUIDE D'ULYSSE - Juillet / Aout 2008 - A mon retour d’Iran.Fariba Hachtroudi, une écrivaine engagée.
Elle était passionnée d’archéologie, rêvait de découvrir les cités englouties de sa Perse bien-aimée, elle se verra « reconvertie » en apprentie journaliste au lendemain de la révolution de 1978 pour dénoncer les dérives sanglantes du khomeynisme. Peut-on écrire à distance sur le calvaire de ses compatriotes ? Elle, en l’occurrence, en est incapable. Elle écrira donc sur son propre parcours. Son voyage clandestin à dos de chameau à travers le désert du Balouchistan en 1995 et 1996 est conté dans son premier récit, L’Exilée (Payot, 1991). La terrible condition féminine en Iran est dépeinte dans son premier roman Iran, les rives du sang (Seuil, 2000), grand succès littéraire couronné par le Prix littéraire des Droits de l’Homme. Souvent un livre de voyage sur le Chili de Neruda, un roman burlesque sur ses années de pensionnat en France. Son dernier ouvrage, Retour en Iran (ed. le Seuil 2007) est un récit de voyage passionné, un grand reportage enrichi par l’écriture d’une essayiste et romancière. Sa lecture réserve quelques surprises : interrogatoires / conversations surréalistes avec les agents des services de renseignements iraniens ; évocations nostalgiques de la jeunesse de l’auteur, visites dans des centres de sevrage de jeunes … Le ton mordant et l’écriture intransigeante ne sont pas les moindres qualités de cet ouvrage qui fait découvrir l’Iran dans tous ses états et interpelle sur l’avenir de la région.« Un récit de Fariba Hachtroudi Iran, mon amour »
Après un drolatique roman « J’ai épousé Johnny à Notre-Dame-de-Sion », portrait décapant d’adolescentes au pensionnat, Fariba Hachtroudi publie un récit autrement plus délicat. Pour le centenaire de la naissance de son père, le grand mathématicien et défenseur de la démocratie Moshen Hachtroudi, elle demande un visa : « A mon retour d’Iran » commence par les ubuesques démarches auprès de l’Ambassade d’Iran Paris. (…) Sur place, vingt ans après, Fariba Hachtroudi même une double enquête. L’une, personnelle, de Téhéran à Kerman, sur ses lieux d’enfance, est parfois douloureuse, car ses activités politiques l’ont mise au ban d’une partie de sa famille. Elle retrouve sa cousine chérie, mais pleure souvent, envahie par les souvenirs et les questions. L’autre, plus revendicative et sociale, la conduit à visiter les centres de « drogués anonymes », un drame iranien placé sous silence. Fariba Hachtroudi questionne, s’insurge, par empathie avec ses compatriotes, dont la plupart vivent dans la misère. Parmi ses interlocuteurs, un adorable chauffeur de taxi l’accompagne, et c’est avec lui qu’elle pique enfin des fous rires salvateurs. Ce passionnait récit paraît à la veille des élections iraniennes du 14 mars. Même ceux qui ne connaissent pas le bagout de Fariba Hachtroudi, sa voix rauque et chaleureuse, sa mèche blanche joliment provocante, entendront son accent et ses éclats jusque dans son écriture. Celle qui dit aujourd’hui en avoir terminé avec la politique et le militantisme peut en effet prétendre au seul statut d’écrivain.
Laure Garcia(…) Militante très engagée, l’auteure estime que « expression est synonyme de liberté » et que le premier devoir d’un journaliste est de témoigner. Un récit combatif et intéressant sur un pays au premier plan de l’actualité. (Lu sur épreuves)
Par envie et par besoin devenu viscéral après trente ans d’exil en France, Fariba Hachtroudi est retournée en Iran, sa terre natale, à la Noël 2006. Officiellement pour retourner sur la tombe de son père né cent ans plus tôt. Officieusement pour ressentir l’Iran de l’intérieur, retrouver son passer, établir un bilan avant qu’il ne soit trop tard. Mais quand on est une opposante notoire au régime des mollahs, entamer ce genre de périple n’est pas une sinécure. L’auteur ne nous cache aucune des misères qu’on lui a faites avant son départ. Comme elle partage tout ce qu’elle a vécu lors de ce voyage retrouvailles. Avec son pays d’origine, avec elle-même. Un témoignage sur l’Iran d’aujourd’hui. Un récit sincère et prenant. (L’auteur sera à la Foire les vendredi 7 et samedi 8 mars)
Témoignage.
(…) Après des années de militantisme en France, elle a déjà accompli un premier voyage clandestin en Iran. Cette fois, elle y retourne légalement. Son premier désir et de retourner respirer l’air de la montagne, comme la jeune société iranienne, où se croisent miliciennes en tchador et punkies. Entre obscurantisme et modernité, entre shopping et pèlerinage familial, la journaliste archéologue nous ouvre le carnet de voyage d’une rebelle au cœur tendre.
Daniel Morvan(…) Tempétueuse, sardonique, et le ton du défi dans la voix elle écrit : « C’est donc mon droit élémentaire de rentrer sur la terre de mes ancêtres (…) Et quel qu’en soit le prix. Ils pourront me prendre. » Cette visite à un peuple sous le joug d’un pouvoir obscurantiste fait la matière de ce récit intime. A mon retour d’Iran est l’histoire d’une femme orgueilleuse, que la peur n’a pas fait fléchir.
Nicolas DiantiVotre voyage en Iran relève en partie du pèlerinage familial, mais ce témoignage très personnel permet au lecteur d’appréhender énormément de choses sur la réalité iranienne. Que représente votre père pour les Iraniens ?
Je ne suis pas allée sur la tombe de mon père simplement parce que c’était mon père. Mais aussi parce qu’il a été un des représentants avec des dizaines d’autre de cette intelligentsia qui a essayé de bâtir un Iran moderne, tout en refusant la politique à 100% pro-américaine et le césarisme du chah. Les Iraniens d’aujourd’hui profitent encore des effets de l’action de ces gens-là, notamment dans le domaine de l’enseignement secondaire et universitaire. Les défenseurs du régime actuel en ont d’ailleurs souvent eux-mêmes bénéficié.La réalité iranienne est difficile à comprendre pour les Occidentaux. Le régime des mollahs n’est évidemment pas une démocratie, mais vous constatez vous-même qu’il existe dans le pays une certaine liberté de parole.
Il est vrai qu’aujourd’hui les Iraniens ne se privent pas de râler, pester et protester. (…) Les publications – presse et livres – sont quant à eux d’une variété et d’une richesse réelles. Nous ne sommes plus sous un régime totalement fermé de ce point de vue. Il y a aussi un dynamisme époustouflant de la société civile qui déteint peu à peu sur le régime. Pour autant, il ne faut surtout pas se leurrer : si la critique est possible, ce n’est pas dans le cadre d’un véritable Etat de droit. (…)Vous avez été membre du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), que vous avez quitté en 2002. Tout en vous disant solidaire de la résistance, vous êtes néanmoins sévère à son égard.
Je suis solidaire de la résistance en général, de toute résistance d’ailleurs. Mais je ne partage plus la ligne de conduite du CNRI. (…) La résistance iranienne, elle, est exilée. … Petit à petit, on s’enferme dans un discours et on se coupe des réalités. Mais comment faire autrement ? Je n’ai pas la réponse. Tout ce que je sais, c’est que je me suis aperçue que je n’étais pas prête à tous les compromis, que je ne pouvais de toute façon exercer aucune influence réelle au sein du CNRI, et que je n’avais pas à moi toute seule la solution de miracle à proposer.Propos recueillis par Jérôme Anciberro
Etre féministe quand on est iranienne s’apparente à faire de la résistance. L’exercice pareillement ouvre à deux styles : en faire depuis l’intérieur ou depuis l’étranger. Accepter les contraintes ou s’éclater. Rarement ces deux voies n’offrirent de personnalités plus dissemblables pour un message unique que Zoyâ Pirzâd s’exprimant encore et toujours dans l’idiome de Khayyâm et que Fariba Hachtroudi qui épousa la langue de Molière dès avant même son exil.
Fariba Hachtroudi n’est pas une romancière plus précoce que sa compatriote restée au pays. Ses débuts, mais elle en France, datent pareillement de 1990 (sous un pseudonyme et le titre éloquent de L’exilée). Dans son dernier roman, l’épilogue a ces mots « anniversaire de mes cinquante ans ». Si les deux femmes appartiennent à la même classe d’âge, il en va différemment pour la classe sociale. Avec Fariba Hachtroudi, on entre dans la bourgeoisie supérieure et émancipée.
« Des voisins ? Nous n’en avions aucun », s’applique-t-elle à faire dire à son héroïne se remémorant quand elle avait douze ans et que son père, inspecteur des Finances venait d’être muté pour « Zâhédân, sans conteste, le plus désolant des trous du cul du monde ». On voit d’entrée par le ton adopté et le mépris dans lequel est tenu l’environnement que les conventions sociales n’exercent pas pour elle le même poids que chez Pirzâd. Seulement, il est plus dur, même pour un père séparé de sa conjointe pour cause d’aventures multiples et son adolescente de fille dont la seule passion, inaccessible bien sûr, s’appelle Johnny, de totalement s’affranchir de lois de l’Iran. Pas de voisins dites-vous ? Qu’à cela ne tienne, on y fait construire une mosquée et son école coranique. La jeune fille égoïste poursuit ses boums comme si de rien n’était. La terrasse lui sert de dancing au fil des 45 T. de l’idole des jeunes. Elle s’oublie, et sa défécation rapidement emballée s’envole dans les airs. L’attraction terrestre aidant, elle retombe plie poil sur le portrait en majesté de « Sa sainteté mollah Omar, la plus haute autorité religieuse de notre congrégation », s’époumone le mollah sunnite de la mosquée voisine. Si ses étudiants (tâlibân) ont le droit de lorgner la terrasse – le fameux droit de regard sur lequel Pirzâd a bâti son œuvre, le violation du territoire est chose prohibée, surtout s’il s’agit d’objets impurs.
Quel scandale ! Pour y échapper, il n’y eut d’autre recours que d’expédier l’inconvenante fillette à Paris pour qu’elle y achève son éducation. « Premier étage, bureau de la père supérieure. Elle vous attend » lui lance la sœur ouvreuse. « Bienvenue au cachot » lui glisse une pensionnaire. On sait d’entrée à quoi s’en tenir. Le Paris de 1964, version de Gaulle n’est pas plus libre que l’Iran de Mohammad-Rézâ Shah Pahlavi. « Régime monacalo-militaire », se souvient Fariba Hachtroudi.
Là, seul le langage peut lui servir d’exutoire. Elle s’initia à l’argot et nous en assène une remarquable dose dans cet ouvrage. Le folklore obscène des petites Parisiennes la venge de tous les tabous de l’Iran. Et que je te cause ouvertement des premières règles, tandis qu’une nouvelle de Zoyâ Prizâd enveloppe tout ça de non dit : le fameux mal de ventre dont les hommes ne comprennent jamais la cause. Les premiers désirs, les premiers fantasmes. Le tout, enfermée dans les toilettes. Le tout aussi lourd de réalisme, même si autre que chez Pirzâd jusqu’à qu’un insolite in fine ne vienne nous narguer. Sous les traits de l’Iman Ali qui apparaît à la narratrice pour lui annoncer la réalisation de son vœu le plus intime, de son union la plus chère … sauf que le vieux ange n’avait pas prévu l’irruption de Sylvie dans la vie de Johnny. Re-chute.
Eric PhalippouUne jeune iranienne rêve de Johnny. Une rencontre tiendrait du miracle. Mais la voici en France, pour un an d’études. A découvrir son corps qui la transforme en femme. A apprendre la prononciation du « r » et la place des accents. A embrasser l’idéal révolutionnaire. Et à rêver, encore. Les phrases regorgent de belle images inattendues. Parfois on pleure, parfois on rit. Les ingrédients subtilement dosés font de ce roman un bien agréable choc des cultures.
P. MyDEUX PETITES FILLES MODELES
Au pays de Johnny et Astérix, Fariba Hachtroudi et Anne Goscinny écrivent sur les rires et les pleurs des petites filles.
Golrokh a 13 ans. Iranienne, elle vient de quitter la moyenâgeuse et poussiéreuse Zahédan dans le Baloutchistan pour Paris et le pensionnat Notre-Dame de Sion, tenu par des bonnes sœurs, toutes mariées à Jésus. Goly est amoureuse folle de Johnny, avec qui elle a appris le français. « Tu me dis que tu l’aimes, je sais, tu dis vrai, et pourtant moi je t’aime, bien plus fort et en secret… » Ca vous aide à survivre, à des milliers de kilomètres de Téhéran, dans ce Paris qui se transforme en paradis grâce à Hallyday. « J’ai épousé Johnny à Notre-Dame-de-Sion » est le deuxième roman français d’une exilée iranienne. Roman de l’initiation de la découverte de soi, de l’émancipation, bourré de réminiscences, léger comme une chanson du Johnny des années tendres. (…)
Richard PevnyHilarant « J’ai épousé Johnny à Notre-Dame-de-Sion » de Fariba Hachtroudi.
La dernière fois que vous avez éclaté de rire en lisant, c’était quand ? Si ce souvenir vous paraît trop lointain, précipitez-vous sur ce roman délicieusement loufoque qui raconte les aventures d’une jeune iranienne à Paris dans les années 1960. Ado rebelle, Golrokh est envoyée par son père dans un pensionnat pour jeunes filles BCBG. Elle se lie d’amitié avec Florence, issue d’une famille d’aristos coincés et dont l’idole est Ché Guevara. Après le fou rire, l’épilogue se révèle très émouvant.
Tatiana de RosnayLe titre peut surprendre, on aurait tort, le libre vous projette dans un univers incroyable. Elevée dans la grande bourgeoisie de Téhéran, entre un père grand séducteur de femmes (il a échangé un baiser d’adolescent avec la chabanou, future reine d’Iran) qui veut une fille cultivée et libre, un imam austère et une nounou qui souhaite combler l’absence de la mère en la faisant rêver à « djouni-djouni », Golrokh est envoyée dans une pension religieuse en France (en 1962). Propulsée, elle y découvre la révolution, auprès d’autres élèves fortunées, avec Marx, Che Guevara, Fidel et Mao… et confond le Capital avec la capitale. L’ambiance est débridée mais l’adolescente n’a pas oublié son rêve, épouser son idole Johnny Halliday. Un roman riche d’évocations orientales avec une écriture drôle qui embellit le réel !
(…) J’ai épousé Johnny à Notre-Dame-de-Sion est le récit hilarant de la plongée de Fariba Hachtroudi, alors tout juste adolescente, dans le couvent de Notre-Dame-de-Sion. Parmi les jeunes filles de la haute société parisienne qui fréquente l’établissement, Fariba se lie vite avec un noyau d’irréductibles partisanes de la révolution guévarienne. Les portraits, les atmosphères, la description du sentiment de dépaysement, de l’intensité aussi, de ces années formatives, remplissent ce journal d’une belle énergie littéraire.
Lisbeth KoutchounoffRubrique : LES LETTRES DES AMERIQUES – Jean-Michel KLOPP (pour Le Chili, sur les traces de Neruda)
(…) La traversée du Chili, en compagnie de Fariba Hachtroudi et de Laurent Peters, que nous proposent les éditions du Seuil avec l’album Le Chili, sur les traces de Neruda, suit les pas du Prix Nobel chilien de littérature (1971). C’est aussi le récit d’une remontée vertigineuse de 4 000 kilomètres, du sud au nord de ce beau et étonnant pays couché entre la Cordillère des Andes et l’Océan Pacifique. (…)
Pour « Chili mon amour » Une photo, un livre.
«Oh Chili, long pétale de mer, de vin, de plage/ ah, quand, ah, quand et quand / ah quand te retrouverait-je ? (…) Alors tu enrouleras ton ruban/ d’écume blanche et noire autour de ma taille./ Et je déchaînerai ma poésie/ Sur ton territoire. »
De mots et d’exil le poète Pablo Neruda a aimé son pays, ces quatre mille kilomètres de terres déchirées par l’histoire, aux paysages tourmentés et généreux, entre désert et glaces. L’exil lui fut déchirant.
DES MILLIERS DE KILOMETRES DANS LES PAS D’UN POETE
Quand une écrivaine exilée d’Iran et son mari photographe traversent le Chili sur les traces de Pablo Neruda, c’est l’histoire d’amour d’un poète pour son pays qui défile. Les auteurs nous font parcourir 4 000 kilomètres, des glaciers aux déserts, entre Pacifique et Cordillère des Andes.
CHILI CON CORAZON
Carnet de voyage.
C’est une belle idée qu’on eue la romancière et anthropologue Fariba Hachtroudi et le photographe Laurent Peters. Celle de mettre leurs pas dans les traces du poète Pablo Neruda pour un très long voyage, 4 000 km entre Patagonie, océan Pacifique et cordillère des Andes. Ils ont choisi pour guide les ers de Neruda. Peut-être la meilleure façon d’appréhender le Chili, ses espaces et son histoire. Entre reportage et mélancolie, le livre sait trouver le ton juste, l’équilibre nécessaire pour nous emporter. Et c’est comme si les chapitres scandaient à voix basse une lente, une profonde mélopée. (…) On sent que les mots de Neruda vivent entre eux, comme ceux-ci, qui incitent au départ immédiat : « Et le vent qui abat la dernière vague de Valparaiso frappe ma poitrine avec un bruit cassé comme si mon cœur avait là une fenêtre brisée »
S.G.Partis sur les traces de Pablo Neruda et de ses chants de passion et de liberté, c’est à une chronique de voyage dans un Chili traversé sur plus de 4 000 kilomètres qu’invitent Fariba Hachtroudi, journaliste et écrivaine d’origine iranienne et Laurent Peters, son mari photographe. Travaillant ensemble depuis quatorze ans, le couple se rejoint sur les mêmes enthousiasmes et les mêmes révoltes. A elle le texte marquant les visions et émotions d’un périple à la rencontre d’un homme et d’un pays. A lui des photos qui tienne plus du reportage réaliste que d’une recherche inédite. (…)
M.V« NERUDA N’EST PAS CHILIEN, C’EST LE CHILI QUI EST NERUDIEN ».
Cette phrase gravée dans le bois de la palissade de la résidence secondaire de Pablo Neruda par un anonyme nous montre l’universalité du poète. Le Chili du nord au sud, avec pour guide un militant de la condition humaine, voilà une belle balade, entre photos, poésies et évocation d’un triste passé pas si lointain.
Entre hommage au poète Pablo Neruda et traversée de son pays, le Chili, c’est une aventure étonnante que nous font partager le photographe Laurent Peters et la journaliste et écrivaine Fariba Hachtroudi.
BALADE AU CHILI
(…) Ce livre-reportage se lit comme un roman qui raconterait une histoire d’amour, celle d’un poète pour sa terre, admirablement servie par un couple de voyageurs.
Malika Mokeddem et Fariba Hachtroudi
Cet ouvrage propose une réflexion sur l’écriture des femmes, sur la guerre à travers la mise en parallèle de deux romans dont le thème central est la résistance : Les hommes qui marchent, de Malika Mokeddem et Iran, les rives du sang de Fariba Hachtroudi. Puisque ces romans placent l’oppression des femmes à l’avant-plan d’un système guerrier, ils soulèvent des questionnements similaires : quels liens existent entre toutes les formes d’oppression ? Comment la représentation de femmes résistantes transgresse-t-elle la conception stéréotypée du genre sexuel en vigueur dans les sociétés dépeintes ? En quoi l’existence spécifique des femmes dans la guerre peut-elle engendrer une autre vision du monde ?
Afin de répondre à ces questions, l’auteur fait appel à des théories féministes sur le concept de genre, sur le rapport entre les femmes et la guerre, sur le corps approprié et sur l’espace sexué.
Extrait (…) A travers son identification avec Fari, le regard de Tadjik sur le monde n’est plus le même, car le privé rendu public change l’homme privé et sa vision du monde public. Bouleversé, amaigri, « Tadjik se matamorphosait. Physiquement, mais surtout moralement » (IRS : 273). Encore une fois, Iran, les rives du sang tente derevaloriser ce qui est traditionnellement associé au féminin – l’irrationnel, l’expression des sentiments, le relationnel - Non pas à des fins essentialistes, mais, au contraire, pour montrer que ces caractéristiques sont aussi présentes et vitales chez les hommes et que la société devrait leur ménager une place reconnue et prisée. A travers l’affirmation d’un « je » féminin, des valeurs plus humaines sont donc mises de l’avant, s’opposant à celles du régime : triomphe des plus forts, abus de pouvoir, domination par la violence, etc.
Marie-Eve BélangerPHOTOGRAPHIE. Une évocation de l’écrivain Pablo Neruda à travers un voyage sur les terres chiliennes marquées par la dictature.
(…) Orchestré par Fariba Hachtroudi, mis en images par Laurent Peters, Le Chili sur les traces de Neruda, imbibé de pisco sour, brosse le portrait d’un pays, autant qu’il restitue la personnalité d’un poète, chantre d’un peuple décédé (quel symbole !) quelques jours après le coup d’Etat de Pinochet. Choix des auteurs : retracer le parcours de Neruda, impliqué, inscrit dans sa terre, dans l’histoire de cette nation dépouillée, écorchée. En témoigne cette formule, gravée par un admirateur dans le bois d’une palissade : « Neruda n’est pas chilien, c’est le Chili qui est Nérudien. » (…)
Jean-Claude Renard(…) Convaincue du « signe d’enfermement » que représente le voile islamique, Fariba Hachtroudi, exilée en France depuis l’adolescence, revendique un « droit d’inventaire ». Elle dénonce aussi « les 25 ans d’inquisition islamiste en Iran, les lois de la Charia sur les femmes ». Et s’interroge sur la position des gouvernements occidentaux : « Jusqu’où peuvent-ils négocier tout en condamnant l’intégrisme ici ? »
Sandrine SéonDES FEMMES QUI MEURENT
Dans un livre vibrant de douleur – et de colère – que vient de publier la romancière iranienne Fariba Hachtroudi, des centaines d’exemples vécus viennent illustrer la pesanteur de l’oppression que subissent les femmes iraniennes de la part des mollahs au pouvoir. Et l’énergie avec laquelle certaines résistent. Ce tableau violent a ceci d’intéressant qu’il est emblématique d’une situation plus générale. Celle-ci : c’est par les femmes – toujours !- que s’évalue le plus commodément la transformation historique d’une société. Soient qu’elles soient initiatrices principales, soit que leur condition quotidienne fournisse à l’observateur le meilleur des sismographes.
Jean-Claude GuillebaudDERRIERE LE RIDEAU DE PALMIERS
Un livre qui remue, qui secoue, qui terrorise. Une Iranienne vivant en France, Fariba Hachtroudi, vient de publier un ouvrage qui, à lui seul, devrait faire autant de bruit sur l’Iran et le sort des femmes que La case de l’oncle Tom en fit pour la condition des Noirs aux Etats-Unis.
AU NOM DES IRANIENNES par Christine Roth-Puyo
Quand elle parle des femmes, la voix de Fariba Hachtroudi vibre de colère. En filigrane, pointent l’émotion, la blessure à jamais ouverte sur toute une vie d’exil. Mais quand elle parle ou écrit sur les femmes, c’est avec ses sœurs iraniennes que Fariba communique. Loin d’elles, hantée par leurs souffrances, la journaliste et écrivaine qu’elle est a mis sa plume et son énergie de conférencière au service de la cause « Le moins que l’on puisse faire… »
Entretien avec Fariba Hachtroudi
Propos recueillis par Anne de Grossouvre
Votre engagement pour la cause de vos compatriotes est total, au point que vous êtes condamnée à mort par contumace. Qu’est-ce qui a pu vous conduire à entamer et poursuivre ce combat quoi qu’il en coûte ?
(…) Enfin on me dit passionnée et je pense effectivement que je le suis, par ce qu’on peut appeler la solidarité, héritée à la fois de ce figures emblématiques qui m’ont montré la voie et de cette double culture. Les limites un peu floues de la spiritualité peuvent m’énerver parfois, celle de l’humanisme sont nette. (…)
Comment cet engagement a-t-il évolué dans le temps ? (…) Comment définiriez-vous cette place ?
Je l’ai dit, c’est une place d’intellectuel, ce qu’était mon père finalement. Pendant des années je me suis sentie en porte-à-faux avec moi-même parce que je soutenais une lutte avec un groupe politique. Cela signifiait qu’il ne fallait pas avoir d’état d’âme, que le blanc et le noir y étaient définis clairement, ce que je refuse, maintenant que je connais ma place, même si je reste dans la lutte. Cela se découvre dans une déchirure qui ressemble à celle de l’enfant qui voit pour la première fois ses parents avec des yeux d’adulte, qui reconnaît ce qu’il leur doit, mais sait que sa vie sera différente. Les politiques appellent cette phrase où vous oubliez tout pour l’intérêt du groupe la période du romantisme révolutionnaire.
PRIX LITTERAIRE DES DROITS DE L’HOMME 2000
Le 17ième prix littéraire des droits de l’Homme décerné par le jury de Nouveaux Droits de l’Homme a attribué le Prix pour l’an 2000 à FARIBA HACHTROUDI pour « Iran, les rives du sang » publié aux éditions du Seuil. Ce roman fait voyager le lecteur dans l’univers sanglant des ayatolah participe à la fois au combat pour les libertés et à la littérature contemporaine en exil. Le prix lui a été remis en l’Hôtelon de Lassay par Raymond FORNI, Président de l’Assemblée Nationale le Mardi 17 octobre 2000.
RAYMOND FORNI, Président de l’Assemblée Nationale : « Au cœur de la démocratie »
C’est une joie et un honneur pour moi de vous accueillir ce soir à l’Assemblée Nationale. Je crois que vous ne pouviez pas trouver meilleur endroit que cette maison où bat le cœur de la démocratie. Parce qu’il est un élu de la nation, le député est naturellement le défenseur des droits de l’Homme et du citoyen, partout où ils sont menacés. L’Assemblée que je préside est dans son rôle lorsqu’elle accompagne la marche de la liberté, lorsqu’elle met sa parole su service des valeurs humanistes qui fondent notre République.
Rien n’est plus actuel, rien n’est plus essentiel. L’urgence qu’il y a à défendre les opprimés, à dénoncer les atteintes aux principes universels de 1789 n’a pas disparu. Au contraire. Les progrès ne doivent pas avoir raison de notre vigilance. C’est pourquoi en ce jour qui est aussi la Journée mondiale du refus de la misère, je tien à saluer l’action de Pierre Bercis et de son association. Depuis plus de vingt ans, vous êtes au premier rang du combat pour les droits de l’Homme. Vous avez fait des idéaux républicains et démocratiques les plus belles armes de votre lutte. Avec audace et enthousiasme, vous portez sur tous les continents votre message de paix, de justice, de tolérance. Soyez salués et remerciés pour votre dévouement de tous les instants.
Ensemble, nous allons remettre ce soir le prix des Nouveaux droits de l’Homme à Madame Fariba Hachtroudi pour son livre Iran, les rives du sang, distingué cette année par votre jury. Nous honorerons son œuvre et son talent : nous rendrons aussi hommage à son courage et à sa détermination.
Madame, quand en 1979 l’Iran a basculé dans la nuit de l’intégrisme et la dictature religieuse, vous avez choisi la liberté. Vous avez choisi la France. Et c’est aujourd’hui parmi nous, partagée entre deux cultures chères à votre cœur, que vous poursuivez votre combat contre la violence et le fanatisme.
Votre second roman, Iran, les rives du sang, est le reflet de votre engagement en faveur des droits de l’Homme. Votre livre fort, dur, passionnant, ne vaut pas seulement par son intrigue policière : suivre l’inspecteur Tadjik dans son enquête sur la mort suspecte de cette vieille femme de Téhéran, c’est aussi découvrir le tableau d’une société iranienne blessée, meurtrie, déchirée par vingt années de dictature religieuse.
A l’heure où l’Iran laisse entrevoir quelques signes d’ouverture, vous dévoilez une terre entre ombre et lumière, où l’obscurantisme des hommes n’a pas altéré l’éclat de sa beauté. Vous nous faites partages les attentes et les doutes d’un pays fragilisé par deux décennies de peur et d’arbitraire. Vous nous plongez au cœur de votre révolte pour nous rappeler, simplement, sobrement, combien est longue et difficile la conquête de la liberté.
Dans votre livre, cette quête est d’abord celle des femmes iraniennes, d’hier, d’aujourd’hui et de demain. De ces mères et de ces filles qui refusent la soumission : qui, chaque jour, on le courage et la force de se lever contre l’oppression. Vous lisez l’avenir de votre pays dans l’âme et le cœur des femmes, comme votre héroïne voit dans leur ventre les convulsions du monde. Vous avez choisi de rendre hommage, dites-vous, à ses « combattantes de la liberté à toutes celles qui disent non à l’intolérance et la barbarie ». Vous portez aujourd’hui leurs désirs et leurs espoirs.
En vous lisant, j’ai pensé au Tableau Noir, ce fils distingué au Festival de Cannes, cette magnifique fable poétique réalisée par votre compatriote Samira Makhmalbaf. Comme elle, vous avez la conviction que, pour briser la loi du silence et de la tradition, il faut être, s’affirmer, agir. Le crime contre la paix commence avec la volonté de tuer le désir de créer. A un moment où les intégristes brûlent les livres et condamnent à mort les écrivains, vous avez choisi, vous aussi, de résister.
« Il faut persévérer, c’est le seul remède, notre seule arme… Il faut se battre pour notre liberté. La désirer éperdument, comme le plus aimant des amants. Il faut la gagner par le plus ardent des amours ».
Ces mots sont les vôtres. Ce combat est le nôtre. C’est la raison pour laquelle je suis particulièrement heureux de vous remettre ce prix. Que cette distinction soit le témoignage de mon amitié et de mon engagement à vos côtés.
LA REPONSE DE FARIBA HACHTROUDI
« Les valeurs proclamées au cours des siècles vont s’incarner dans les structures politiques et sociales ou périr… »Rencontre, par Monique ROY.
LA RESISTANTE
L'écrivaine iranienne Fariba Hachtroudi avait 28 ans lots de la révolution khomeiniste et son tempérament ne la portait pas aux compromis. Portrait d'une rebelle qui a choisi l'écriture comme arme contre l'intolérance.
(...) Nous sommes dans un café de Montmartre, à deux pas de l'appartement que Fariba Hachtroudi partage avec son second mari, un Français, son « amour aux yeux bleus ». Fariba est une belle femme à la lourde chevelure noire striée d'une mèche blanche. Son énergie illumine ses yeux sombres et ses mains s'expriment autant que sa voix passionnée. Elle avait 28 ans lors de la révolution khomeiniste et son tempérament de la portait pas aux compromis, mais plutôt à tous les refus. Elle délaisse donc ses livres d'archéologie et prend le maquis. Elle sera résistante. Elle l'est toujours (...).
Iran, les rives du sang, un roman dédié à celle qui disent « non à l'intolérance et à la barbarie ». Un livre écrit d'un jet pour juguler la douleur et le mépris. Un polar, transposition transparente de la vie et de la mort de sa mère en Iran, où des personnages symbolisent la vie dans ce pays, comme l'extravagante gynécologue qui lit dans l'utérus de ses patientes, y déchiffrant « les catastrophes ordinaires de la vie de femmes (...), les traces de sévices et de cataclysmes ataviques antiques. » (...)
Ce polar est un acte politique redoutablement efficace, sans doute beaucoup plus qu'un essai théorique que trois lignes dans les pages internationales des journaux. L'intrigue policière rend la lecture palpitante. En refermant le livre, on a beaucoup appris e ton souhaite en savoir davantage, car sa propre indifférence et sa propre ignorance on été secouées. (...)
La rumeur de la grande salle du café s'estompe, je n'entends plus que Fariba, la passionaria qui a mal à son pays, à cette terre interdite où elle ne désespère pas de retourner un jour. (...)
Et aujourd'hui ?
Un long silence.
« Sans être croyante, je crois cependant à une chose plus grande que soi, et pour moi, c'est l'utopie. »
L'utopie peut-elle transformer en réalité? (...)
Et de son exil, Fariba pousse à la roue. « On me reproche souvent d'avoir renié mes origines de grande bourgeoise pour faire du populisme. Mais je fais du social, je m'occupe de ma société et la voir telle qu'elle est me déchire. Je crois réellement que ça va bouger. »
Oui, mais quand?
« Je retournerai peut-être plus tôt qu'on ne pense... Peut-être. »
En attendant, après ce roman éloquent qui « explique par des mots le secret des femmes d'Iran », elle prépare une autre histoire « à la construction délirante, qui parle de mon obsession : l'Iran ».
TEHERAN BLUES POUR FARIBA.
Iranienne exilée à Paris, romancière sulfureuse et résistante coriage au rgime des ayatollahs, Fariba Hachtroudi a récemment reçu le rix des Droits de l'homme de l'Assemblée nationale.
Sous les ors de l'Assemblée nationale, fin octobre, on a un pue frémi. Dans son discours, Faria Hachtroudi a remercié la France qui lui remettait le nouveau prix des Droits de l'homme pour son roman Iran, les rives du sang (Le Seuil). Dans un premier temps, elle a troussé son compliment avec douceur et solides références littéraires, de Voltaire à René Char. Et puis, la dague a jailli. La romancière et opposante résolue au régime iranien s'en es tprise à la politique du Quai d'Orsay jugée trop complaisante avec les ayatollahs. Raymond Forni, le président de l'Assemblée nationale a calmé le jeu en lui disant affectueusement qu'on l'aimait.
Une mèche de neige sépare la chevelure de jais de cette élégante intellectuelle en exil. Comme le symbole d'une étrange ligne de partage qui fêle sa vie, entre cet Iran désormais si loitant mais toujours aussi préoccupant et Paris, son lieu d'exil forcé, mais étalement son alliée la plus intime. (...)
« Chaloum était l'un des meilleurs ami de mon père », explique-t-elle. Moshen Hachtroudi est lui aussi un héros national de ce pays ambigu, assujetti de mondes parallèlres : l'Iran apprécie les poètes et vénère les mathématiciens. Le savant Hachtroudi fait prtie de ces grandes figures qui font encore rêver les étudiants , en exil ou pas, et obligent les mollahs à composer. Une figure paternelle qui est comme un talisman pour Fariba. Elle n'a pas la simplicité d'un Chamlouh, mais ses textes sécrètent la rage, celle qui se jette aux yeux comme du vitriol. Dans son premier roman, elle tranforme Téhéran en un polar-tapis persan. Dans les entrelacs de cette mégapole, on découvre la folie eu régime, les truquages de la réalité, les éclopés de la guerre irako-iranienne, les criminels recyclés, les putes et les héroïnomanes de Djaziré, le quartier canaille du'n pays tout entier qui vit sous morphine (3 millions de junkies pour 70 millions d'habitants). Et la haine incroyable instituée pour les femmes.
Lorsqu'elle ne suit pas les fièvres de son pays dans la presse ou par son réseau de correspondants, Fariba Hachtruodi aime à écouter la musique persane pour sentir ses rives lointaines. « Physiquement, je ne peux pas regarder un film de Kiarostami ou de Moshen sans être secouée et malade. Avec la musique, ce n'est pas la même chose, elle me transporte dans une utopie sereine. » Où aimerait être cette exilée? « Une île inconnue ou le Pérou ». Surire de chatte : « J'aimerais surtout être à Ispahan, mais une Ispahan débarrassée de tous ces mollahs ».
Emmanuelle LemieuxPour Iran, les rives du sang.
Terrifiant : Quand la peur génère le silence sur une barbarie au quotidien.
L'Iran de sang et de larmes de Fariba Hachtroudi.
(...) La peur est au centre du livre. On y est confronté à l'hypocrisie de propagandes et contre-vérités aberrantes, à une barbarie insoutenable, mais surtout à cette terreur sournoise et omniprésente « de millions de sujets domestiques résignés, sourds-muets qui contemplent l'atrocité quotidienne sans broncher ». Fariba Hachtroudi entend de ne pas être résignée. (..)
Monique VerdussenFARIBA HACHTROUDI, UNE IRANIENNE CONTRE LES MOLLAHS
(…) Car Iran, les rives du sang, qui porte bien son titre est une dénonciation implacable du régime imposé aux femmes depuis deux décennies par les mollahs. (…) Fariba Hachtroudi signe aujourd’hui un livre important qui permet de mieux comprendre la tragédie d’un peuple.
Fariba Hachtroudi vit loin de son pays, mais pour mieux en dénoncer ses crimes. Depuis 1979 et la révolution khomeiniste, elle signe des articles disant les horreurs iraniennes, les fils sacrifiés, les filles violées, les meurtres quotidiens. La révolte chevillée au cœur, cette femme entière refuse de se taire. (...)
Fariba Hachtroudi trempe sa plume dans la colère et l'amour. Elle dit la mort d'une mère – un décès suspect de plus dans le cortège des peines iraniennes. Elle consigne les cruautés, les faux suicides, les vrais gestes de détresse absolue.
Elle se fait surtout porte-voix des femmes humiliées, piétinées. Elle dit la privation de liberté des mères réduites à l'état de ventre juste bon à enfant des soldats pour la guerre. Mais elle le fait sans féminisme borné. Savoix est forte et claire. Elle ne s'emberlificote dans aucun débat de salon. Elle écrit comme elle fonce, comme on pleure, comme on rêve. Avec la sincérité et la rage d'une fille blessée, avec l'honnêteté de celles qui refusent de se voiler la face. (...)
Son roman n'est pas dédié pour rien Aux mères dont les enfants ont été torturés, violés, exécutés, au mères des « enfants martyrs » chair à canon de l'imam de résistantes torturées et exécutées, aux victimes d'assassinats politiques, aux suicidées de la théocratie, ces centaines de filles qui se sont immolées de désespoir. (...)
Un livre fort, explosif, inquiétant, bien mené, qui n'oublie pas d'être drôle pour toiser l'insoutenable en le disant tout de même. Un récit à la construction experte, qui touche et éveille. Un voyage sans œillères dans l'Iran contemporain. Une histoire écrite en français par une Iranienne de France, une résistante.
Pascale HaubrugeIRAN DE SANG ET DE LARMES
Il ne fait pas bon être écrivain au pays des mollahs. Nombre d'entre eux l'ont payé de leur vie ou de leur liberté. Malgré la violence et la censure, ils s'entêtent. Et nous livrent de belles et poignantes pages.
(...) Le verdict de Fariba Hachtroudi est tout aussi accablant. Cette militante antikhomeyniste, qui vit désormais à Paris où elle a fait des études d'archéologie, signe un roman accusateur au titre explicite : Iran, les rives du sang. Dédiée « aux milliers de résistantes torturées et exécutées », cette chronique quasi sociologique dénonce l'oppression infligée aux Iraniennes par les fous de Dieu. Et met en scène une jeune intellectuelle réfugiée en France: après la mort mystérieuse de sa mère, à Téhéran, elle suit à distance l'enquête de l'inspecteur chargé de dénouer l'affaire... Si la trame policière manque parfois de nerf, le tableau politique, lui est d'une précision clinique, sous la plume d'une rebelle qui s'inspire de Simone de Beauvoir pour fustiger la dictature du tchador et l'intolérance des « tyrans enturbannés ».
André Clavel(...) Tout au long de ce cheminement à travers une société martyrisée par la dictature religieuse, surgissent des portraits inoubliables. Des visages de femmes, notamment violentées par le cours de l'Histoire.
R.R.En Iran, L'imam et les roses ...
Par Lucien Guissard
(...) Le ton est donné à ce roman de la conscience humaniste, de la féminité insurgée, de l'imposture religieuse érigée en technique de mort. (...) La romancière mène de front le rappel de ce passé sinistre, l'enquête de l'inspecteur et le tableau d'une société iranienne qui a sombré dans la démence fanatique. Le style est puissant, soulevé d'une passion qui mélange l'amour et la haine, la dérision et la revendication des libertés que nous croyons élémentaires. L'homoiranicus est cloué au pilori, et le brassage social où « les loubards sont millionnaires, les mollahs pouilleux des dieux vivants, les penseurs des morts vivants. »
littérature : DOULEURS IRANIENNES
Véronique Zaercher
A l'heure où l'Iran lasse entrevoir quelques signes de détente politique, le second roman de Fariba Hachtroudi vient nous rappeler par quels traumatismes ce pays a pu passer de la guerre ontre l'Irak à l'absolutisme des Mollahs. Et ce, à travers l'histoire de quelques femmes toutes liées entre elles par la mort trouble d'une certaine Madame Echq.
Le feuilleton d'André Brincourt
FARIBA HACHTROUDI : l'ombre et la lumière.
Ce qui est terrifiant dans ce roman, c'est sa part d'obscurité. L'ombre est certes le royaume de Satan – dans la mesure où l'esprit n'y pénètre que pour se nier, où rien ne semble annoncer le jour. Mais il faut bien admettre, d'autre part, que Fariba Hachtroudi ne nous facilite guère le cheminement d'une conduite rationnelle dans son récit. On peut être surpris, irrité, jusqu'au moment où (l'auteur trouvant grâce auprès du lecteur, tout peut arriver!), le vrai sujet du livre s'impose dans sa volonté d'exprimer, au-delà et en deçà du récit, ce qui caractérise la crise d'un pays enfermé, repoussé dans sa propre nuit. Disons en tous cas que l'auteur ne triche pas et ne cède à aucune concession.
Compte tenu de la nature du sujet, de l'engagement polémique de l'auteur, la difficulté était, à l'évidence, d'évite la thèse au bénéfice de la dimension romanesque. Il fallait en payer le prix. Il n'est jamais simple de faire apparaître l'Histoire pour une histoire. Essayons de résumer celle-ci. A l'occasion d'une enquête sur la mort suspecte d'une vieille femme à Téhéran, nous suivant une sorte de contre-enquête, au second degré, sur le sens et le non-sens d'un pays que la dictature religieuse a rendu fou – ou d'une manière plus subtile, incompréhensible. L'enfer ne consiste-t-il pas aussi, et peut-être d'abord, à vivre dans l'incompréhension?
Le principal personnage de ce roman est un policier, Tadjik. Il mène son enquête tout en étant mené lui-même par le système policier qui régit la révolution islamique dans son incohérence, ses sursauts, ses retraits, ses refus. On ne tardera pas à s'apercevoir qu'un sentiment domine tout : la peur.
Fariba Hachtroudi traduit - faut-il dire à merveille - ce qu'elle appelle « le moteur et régisseur de l'interaction maladive qui lie les tyrans aux suppliciés ». Certes, le véritable personnage du livre est bien al peur. La terreur de vivre et de survivre dans la mesure même où la politique des fous de Dieu n'est rien d'autre que le refus de la lumière, que le recours à l'ombre prétendument sacrée.
J'insiste sur ce point car il permet au lecteur de pénétrer dans le livre avec un certain état d'esprit si l'on veut bien se souvenir que l'Iran – dans tout son passé, je veux dire : dans sa plus haute tradition religieuse comme dans sa plus noble expression poétique – fut le royaume de la lumière. En nous entraînant dans les ténèbres, ce roman dénonce le scandale d'un islamisme qui refuse la première parole de l'ange Gabriel au prophète Mohammed : Que la lumière soit dans ton âme, comme il fuse le feu de Zoroastre.
La vérité des cendres ne se chercherait plus que dans l'enfermement des femmes noires? Si brumeuse et énigmatiques qu'elle soit, nous trouvons, ici, dans la structure romanesque elle-même, toute la pensée dramatique et originale de Fariba Hachtroudi qui fait apparaître un étrange personnage dont le métier est de reconnaître la douleur dans le ventre des femmes – elle est obstétricienne. Elle sait le prix des vérités délivrées dans un monde en convulsion qui refuse de reconnaître al vie là où la vie est donnée. Ce n'est certes pas un hasard si, dans ce polar socio-météphysique où l'inspecteur Tadjik cherche moins à comprendre qu'à se protéger de l'appareil policier, l'assassinat d'une mystérieuse vieille femme prend une valeur symbolique. « Demandes-tu comment je suis morte? A eu le temps d'écrire cette femme, je suis morte vive... Je suis la mémoire du passé qu'ils veulent nous dérober. Je serai l'histoire des femmes qu'ils veulent anéantir... Crie, ma fille, crie au premier jour de ta naissance contre nos ventres bénis des dieux. »
Ce cri est donc un cri de révolte. Il n'est pas indifférent que le livre paraisse alors que l'Iran semble vouloir sortir des ténèbres et retrouver, par le cri de ceux qui naissent à la vie, la lumière que fut celle de ses poètes.
« Construire avec la lumière, c'est répondre à Dieu lui-même », Hafez nous le disait – et Omar Khayam, Firouzi, Nizami, Sa'di, n'ont rien dit d'autre en ces temps pourtant encore plus troublés que les nôtres où les jeux de l'ombre et de lumière mettaient à dure épreuve l'âme de l'Iran.
Représentante du Conseil national de la résistance iranienne, c'est en tant que romancière, se disant à juste titre « chargée de fureur et de dérision », que Fariba Hachtroudi exprime cette confiance en la vie, à l'heure d'une nouvelle prise de conscience politique. C'est aussi l'occasion, à travers un drame ô combien actuel, de nous rappeler que la poésie a su, en Iran plus qu'ailleurs, en offrir l'exemple.
Retenons aujourd'hui la promesse d'une poétesse contemporaine, Forouq Farrokhazd : « Je redirai bonjour, je viens, je viens avec mes yeux où se concentre l'expérience des ténèbres. »
























