Tchador ou Hijab, femme chocolat et homme mouche !

Les polémiques au sujet du voile islamique en France font étrangement écho aux débats passionnés qui durent depuis plus d’un siècle en Iran.

Au début des années cinquante, la jeune écolière que j’étais alors, se demandait pourquoi les femmes de la famille qui ne portaient pas le voile critiquaient tantôt Reza Chah de l’avoir interdit par décret de loi (janvier 1936), tantôt son fils Mohammad Reza Chah qui l’abrogea en 1941.

Micro-trottoir à Téhéran

Traduction sous titrage : DR


Ces dames déploraient à tour de rôle la chasse aux « sorcières voilées » imputée à Reza Shah et la faiblesse de son fils, Mohammad Reza Chah, trop timoré face au clergé. « Une loi imposée par la force contre les croyances supposées divines est contre-productive », concluaient-elles en chœur.

En 1979, l’ayatollah Khomeyni impose le voile obligatoire, y compris aux écolières de six ans, avec plus de brutalité que Reza shah ne l’avait arraché des têtes de leurs arrières grands-mères.

Depuis, la milice des mœurs de la République islamique excelle en férocité pour entchadorer mes compatriotes. Peine perdue. Quand le voile se lèvera, la mémoire traumatisée des Iraniennes rendra justice aux martyres du tchador, les glorieuses d’une guerre d’usure qui broie corps et âme sans pétarades.

Moralité, s’il devait y en avoir une : les mêmes causes produisent les mêmes effets.
L’action humaine – individuelle ou collective – s’appuie sur un discours et s’invente des récits censés la valider. Le récit entérine la justesse de l’action ou la sanctionne. Dieu n’a pas de sexe dit-on, cependant les récits du monothéisme, élaborés exclusivement par des hommes – Prophètes en tête –, ne se conjuguent qu’au masculin. Privées de références et d’exégètes féminines sinon féministes, n’est-ce pas malgré elles que les musulmanes respectent « religieusement » les règles patriarcales, prétendument divines ?
Du Moyen Orient au Maghreb, de l’Asie en Europe, le statut de la musulmane pose problème. La racine du problème est la Chari’a coranique qui régit, à divers degrés, la législation dans l’ensemble des pays musulmans en dépit de leur diversité culturelle et de la disparité, voire l’hostilité mutuelle de leurs systèmes politiques. Par extension, la Chari’a s’impose implicitement aux fidèles de la foi islamique où qu’ils se trouvent. Résidant en Europe, au Canada ou en Australie, le musulman est avant tout « citoyen de l’islam ». Aussi, il est du devoir du fondamentaliste – fidèle à la Lettre fondamentale du Coran – d’imposer les lois de la Chari’a dans les « enclaves musulmanes » de l’Occident.
Et comme pour l’heure la musulmane n’a pas voix au chapitre, rien d’étonnant à ce que le débat sur le voile qui défigure l’Iran depuis plus de quarante ans et préoccupe la France depuis quelques décennies – pour ne parler que de mes deux pays – bascule de l’absurde à l’hystérie, malgré l’insignifiance du sujet.
À Téhéran, on crie « à l’invasion culturelle occidentale et au complot satanique qui viserait la musulmane ». À Paris on dénonce « la radicalisation et le fascisme religieux qui opprimerait la musulmane ».

Scène dans le métro de Téhéran

Traduction sous titrage : DR

Pour de millions de musulmanes à travers le monde, le port du voile ne se discute pas. Précepte coranique exigerait. Pour d’autres, notamment des jeunes, en Iran comme en France, le port du voile serait un choix, délibéré et mûrement médité ; ce choix dépasserait la prescription religieuse, la tradition, ou le respect de la loi (port du voile obligatoire en Iran et son interdiction dans certains lieux publics en France).
Le raisonnement sibyllin des jeunes femmes, exprimé en mode haïku métaphorique est un fourre-tout où le voile synonyme de pudeur, de modestie et de pureté se transforme en trait d’union avec Dieu et la spiritualité de l’au-delà ! Le hijab serait un rempart magique qui rapproche du Tout-puissant !
Les partisanes du voile libérateur rejettent catégoriquement les discours liés à la sexualité féminine, aux tabous liés au corps comme objet sexuel ou propriété du mâle dominateur, puisque « le hijab leur permet précisément de se réapproprier leur féminité, de se libérer et de s’affirmer. »
Enfin à en croire la très jolie milicienne des mœurs qui m’interpella, un matin d’été à Téhéran, le voile serait le calmant qui apaise et chasse toutes les tensions de la vie.


« Madame, respectez la loi et remettez votre foulard ! ». Jeune, belle, drapée de noir, elle me barre la route sur l’artère principale de la capitale iranienne. Devant mon refus poliment irrité, la belle aux yeux de biche m’assure qu’elle veut mon bien. « Au lieu de vous énerver : Essayez et vous ressentirez immédiatement l’apaisement de corps et d’âme ! ».

Le voile version Louis Vuitton

Pourquoi donc ses supérieur à képi se privent-ils du tchador soporifique ? Hilarité des passants et clémence des supérieurs qui m’ordonnent de dégager ! Fin de l’incident sans arrestation ! Privilège de l’âge sans doute !
Last but not least, identité, solidarité, courage composent la trilogie lexicale des jeunes françaises d’origine africaine ou maghrébine qui se voilent car elles refusent, disent-elles, « la dilution ou l’intégration honteuse ». Françaises, musulmanes voilées, elles voudraient être « elles-mêmes, sans baisser la tête ou raser les murs ! » Le voile de ces jeunes filles exprime en fait le ressentiment de musulmans français, croyants, agnostiques et athées confondus, traités en citoyens de seconde zone. L’extrême droite exploite avec un cynisme consommé le racisme WASP anti-Arabe ou anti-Africain en « l’islamisant ». Le racisme déguisé en islamophobie (« phobie de l’islam »), terme obscur que je récuse, exacerbe les confusions et renforce les amalgames.
Les musulmans chi’ites dont les Iraniens, ennemis jurés des Saoudiens sunnites seront-ils islamophobes, ou plutôt chauvins et racistes ? L’arabophobie des Iraniens, qui vire du culturel au cultuel, et vice versa, selon les époques et les circonstances, date de l’invasion de la Perse par « les barbares du Hedjaz ». L’islam n’est qu’un parfait prétexte !
Pour revenir au voile, les Iraniennes qui ne le portent pas dont des croyantes convaincues, battent en brèches les arguties des femmes qui le portent au nom de Dieu. C’est en se référant au Créateur que les résistantes anti-voiles affrontent les sbires du pouvoir judiciaire iranien. « Payer des amendes ou dormir en taule, ces menaces ne m’empêcheront pas de dire aux mollahs juges, comme à leur (s) femme (s) et leurs filles, qu’ils insultent Dieu qui n’a que faire des problèmes capillaires des humains, barbe, moustache ou chevelure ! » nous dit l’une de ces opposantes et d’expliquer que « si le voile était conseillé aux femmes du Prophète avant de devenir par extension une prescription islamique pour une période donnée, il n’est pas plus obligatoire que souhaitable au 21e siècle ! »
Les posters de propagandes à la gloire du voile (tchador) avec leurs slogans abrutissants, menaçants et anxiogènes sont en effet d’un autre âge.
« Les jeunes filles qui ne respectent pas le voile seront poursuivies par la justice », lettres noires sur fond blanc des cagoules des écolières. « Tuez-moi mais n’enlevez pas mon hijab ! », lettres rouges sur fond noir du tchador de l’épouse exemplaire ou comment « la pudeur appelle au meurtre » se révolte une avocate et militante des droits des femmes qui soutient « ces mères de famille qui se prostituent pour nourrir leurs gosses en cachent leur honte sous le tchador. Non, dissimuler sa chevelure sous un tissu ne rapproche pas plus de Dieu que se raser la tête ne mène au Nirvana », conclut-elle.
À bon entendeur salut !

F.H.

PS. Tchador ou Hijab, femme chocolat et homme mouche ? La réponse est dans le micro-trottoir…

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